vendredi 30 mai 2014

Maya Angelou

La poetesse et militante Maya Angelou vient de mourir. Elle a vécu en guerre une grande partie de sa vie. Qu'elle repose en paix.



"Je sais pour quoi chante l'oiseau en cage" est le nom d'un très beau poème qu'elle a écrit, et du premier volet de son roman autobiographique. Cette version est sortie sur le premier album de Buckshot Le Fonque, projet de Brandford Marsalis, frère de Winston, en collaboration avec DJ Premier.


I know why the caged bird sings :

"The free bird leaps
on the back of the wind
and floats downstream
till the current ends
and dips his wings
in the orange sun rays
and dares to claim the sky.

But a bird that stalks
down his narrow cage
can seldom see through
his bars of rage
his wings are clipped and
his feet are tied
so he opens his throat to sing.

The caged bird sings
with fearful trill
of the things unknown
but longed for still
and his tune is heard
on the distant hill
for the caged bird
sings of freedom

The free bird thinks of another breeze
and the trade winds soft through the sighing trees
and the fat worms waiting on a dawn-bright lawn
and he names the sky his own.

But a caged bird stands on the grave of dreams
his shadow shouts on a nightmare scream
his wings are clipped and his feet are tied
so he opens his throat to sing

The caged bird sings
with a fearful trill
of things unknown
but longed for still
and his tune is heard
on the distant hill
for the caged bird
sings of freedom."

Maya Angelou.






Comme beaucoup, elle a cru à Obama (elle a même lu un poême pour Clinton !), mais ses combats et son oeuvre restent remarquables. Dans " Tant que je serai noire ", elle raconte sa rencontre perturbante avec une Billie Holiday camée et condescendante, mais qui finira par se calmer, et chanter " Strange Fruit " à l'oreille de son fiston.

"Je l’entrevis d’abord par la porte moustiquaire, et ma nervosité se mua aussitôt en stupéfaction. Son visage bouffi ne gardait presque rien de sa beauté de naguère. Elle avait les yeux d’un noir éteint. Lorsque Wilkie fit les présentations, la main de Billie Holiday resta un moment dans la mienne, pareille à un jouet en caoutchouc. — Ça va, Maya ? dit-elle. C’est joli, chez toi. Elle n’avait même pas jeté un coup d’oeil autour d’elle. Je reconnus toutefois la voix traînante, mince et geignarde qui, certains soirs de solitude, m’avait tenu compagnie.

J’apportai du gin et j’écoutai Wilkie et Billie se remémorer le bon vieux temps et leurs amis communs de Washington, DC. Les noms qu’ils évoquaient et les escapades qui les faisaient glousser ne voulaient rien dire pour moi, mais j’étais fascinée par leur conversation et par la complexité de la langue de Billie. La fréquentation des clochards, des arnaqueurs, des joueurs et des escrocs à la petite semaine m’avait exposée aux gros mots. Et pour avoir passé des années dans les loges des boîtes de nuit, des cabarets et des bastringues en tous genres, je croyais connaître tous les blasphèmes. Je n’avais encore rien entendu. La langue de Billie Holiday était un mélange de railleries et de vulgarité qui me prit complètement par surprise."

Eclipse

La crème des vétérans de NYC sur des beats d'Apollo Brown, DJ Eclipse de Non Phixion aux commandes. Que demande le peuple ? (ALL POWER...)


Deeeeesssspooooo

Pour ceux et celles qui l'ont raté, il paraît qu'il y en a, Despo Rutti revient enfin seul après ses égarements en compagnie de Mokless et Guiz. Ca sent bon le soldat sans grade, toujours aussi égo-tripé, provok et intelligent.


Un grand moment de Despo, pour la sortie de son chef d'oeuvre Convictions suicidaires :



Et une interview étonnante du lascar en 2013, "Nina Simone, c'est kaïra"

jeudi 29 mai 2014

Il s'en passe à Sainté !


Episode 10 : Strange fruit



L’émancipation de 1865, censée libérer tous les esclaves des Etats du Sud, n’est pas du goût de tout le monde. Elle accorde le droit de vote et l’égalité formelle aux Noirs, et va être vécue par les suprémacistes blancs comme une profonde défaite, une atteinte humiliante au « mode de vie » ancestral sudiste.

Dès la fin du XIXème vont se mettre en place dans ces Etats des séries de lois, écrites ou non, qui vont régenter les rapports entre Noirs et Blancs, pour perpétuer la séparation totale entre eux, et maintenir la domination absolue du pouvoir blanc sur les anciens esclaves. Ces lois de ségrégation vont prendre le nom de « lois Jim Crow », en référence à un personnage célèbre de « minstrels shows », ces spectacles itinérants dans lesquels les comédiens blancs se noircissaient le visage au charbon, et singeaient les Noirs du sud : Jim Crow est paresseux, libidineux, animal, voleur, sournois… Les lois qui prennent son nom vont sévir jusqu’à la fin des années 60. Dans tous les espaces publics, les Noirs ne doivent pas se mélanger aux Blancs. Train, bus, bars, restaurants, toilettes, trottoirs. Les Noirs doivent adopter le comportement servile qui leur est réservé. En sortir peut leur coûter la vie. Le KKK, milice suprémaciste, prend son essor et réunit de nombreux notables, y compris des hommes de Loi. La pratique du lynchage s’instaure assez massivement : on torture et on exécute sans procès, avec parfois une participation active d’une grande partie de la population blanche, le but étant de maintenir par la terreur toutes les anciennes règles esclavagistes.

Dans les années 1930, Billie Holiday, chanteuse de cabaret du Nord, a chanté cette sinistre tradition qui a tué des milliers d’hommes et de femmes, dans le sublime morceau « Strange Fruit » qui lui colla à la peau jusqu’à la fin de ses jours. A l’origine, un beau poème écrit par un prof juif communiste new-yorkais, Abel Meeropol, pour un journal syndical. Mais Billie, qui ne s’était jamais mêlée de politique auparavant, y mit une telle intensité dramatique, semblant charrier dans sa voix des siècles de souffrance, que ce morceau devint le sien, et le symbole de la lutte pour une réelle émancipation. Une des premières « Protest songs » africaines-américaines, un monument de l’histoire des vaincus, un hymne du Mouvement..

L'émission : BCK MIR 10
La playlist : BCK MIR 10 PLAYLIST

Le sample de la semaine est tiré de la BO de Foxy Brown, l'original, avec la terrible Pam Grier :



Masta Ace, c'était le Juice crew, grande époque, golden age à New York. Souvenirs :







Il a quasiment fait que des albums de fou...

Maintenant c'est un peu des vétérans les lascars, mais ça rappe encore...



Punchline et Wordsworth, c'était ça quand même...










Plus de vidéos en cliquant sur le lien :

lundi 26 mai 2014

When we were kings


Le film diffusé en première partie est vraiment mortel.
Ali dans toute sa splendeur, combat légendaire, ambiance de fou, symbole puissant : Black Power contre Oncle Tom (Foreman en 68, aux JO, a agité un drapeau ricain pour célébrer sa victoire, quand d'autres ont levé un poing ganté de noir...). Rumble in the jungle..."Ali boma ye !".





On vous conseille aussi l'autre volet, consacré au concert qui devait accompagner le combat jusqu'à ce que Foreman décale à cause d'une arcade ouverte à l'entraînement (?). La crème de la Soul en Afrique :



C'est Don king et Mobutu qui avaient organisé... Pas joli joli, mais les moments de boxe, de musique et de fierté noire que cette opération de business et de com' politique nous ont offerts font presque oublier l'arnaque.

BRIGADE ANTI TAG


Suite à de nombreuses plaintes, les playlists ont été nettoyées, et sont maintenant taggées correctement. Vous pouvez toutes les retrouver dans la rubrique "Emissions et playlists". Hésitez pas à le signaler si y a encore des galères, ça nous donnera l'occasion de botter le cul d'un flic.

BBOYKONSIAN


EMC LIVE chez Statik Selektah !

jeudi 22 mai 2014

Episode 9 : Stagger Lee



1895, le soir de Noël, à Saint Louis, Missouri. Deux types jouent aux cartes, ou aux dés, dans un bar mal famé du quartier rouge : Stagger Lee, macro, ou dealer. Billy Lion, un cave, ou un flic, ou une poucave. Billy perd, ou triche. Stack se fâche. Son chapeau, un Stetson à 5 dollars, tombe à terre dans l’embrouille. Affront suprême. Stagger Lee sort son flingue et, malgré les supplications du mauvais joueur, abat froidement Billy de quelques balles dans le buffet. Quelques lignes dans la presse du coin. Un Noir tue un autre Noir. Histoire banale, qui aurait dû s’arrêter là. Mais c’était compter sans la magie de la transmission orale.

Très vite apparaissent des chansons qui vont faire de ce fait divers une des légendes urbaines les plus fécondes de la culture africaine-américaine. On chante Stagger Lee dans les champs, dans les plantations, dans les fermes pénitentiaires. Les bluesmen se saisissent de son histoire et la trimballe le long des routes d’errance. De version en version, la figure de « Stack o Lee » se transforme. D’abord symbole du mauvais joueur qui ne supporte pas la défaite et tue son frère pour une sombre histoire de chapeau, il va devenir le « Bad Man » par excellence, le mec dur, froid, impitoyable, à qui on doit le respect. Le mec du ghetto, qui répond à des lois qui ne sont pas celle du blanc, ces fameuses lois de ségrégation qui sévissent dans le Sud pour perpétuer l’esclavage. Stagger Lee devient l’anti « Jim Crow ». Quant à Billy Lion, ou « Billy The Liar », il va incarner celui qui ne respecte pas la loi du ghetto, qui n’honore pas la parole donnée. Celui qui triche, celui qui s’écrase, la « victime » méprisable.

La figure de Stagger Lee va traverser les époques. On la retrouvera dans la Soul, cette musique de l’âme qui accompagne la lutte pour la dignité et l’égalité dans les années 60. On la retrouve chez les héros des films Blaxploitation qui glorifient les macros et les dealers. Dans la littérature Noire. Chez les Black Panthers. Dans le gangsta Rap des années 90. Dans le Rocksteady. Et partout, il est le hors-la-loi par excellence. Celui qui obéit à ses propres règles, qui piétine la « bonne morale » pour se faire sa place dans un monde régi par la loi blanche issue de l’esclavage.

 
L'émission : BCK MIR 9
La playlist : BCK MIR 9 Playlist




Une curiosité, tirée du film Black Snake Moan. Même Samuel Jackson est un stackolee ! On y voit aussi comment le blues est une musique de danse. Slow drag...



Comme d'hab, plus d'infos et de videos en clikkkant sur le lien :

BBOYKONSIAN



Dès 17h00 - Place Arnaud Bernard
Projection Courts Métrages (Collectif La France Entière, CREA etc...)
Apéro Solidaire / Infokiosques / Soundsystem hip hop

Dès 19h30 - La Dernière Chance

Olinsha (Rap/Toulouse)
Ganjy (Rap/Seine St Denis)
Samal & L'Erreur (Rap/Toulouse)
La Fibre (Rap/Millau)
Fils Du Baton (Rap/Bordeaux)
La France Entière (Rap/Aveyron)
Bacchant (Bass Music/Toulouse)
Flashball 13 (Bass Music/Toulouse)


BBoyKonsian a 10 ans. 10 ans de luttes, de compilations de soutien, de concerts devant les prisons, les centres de rétention, pour les prisonniers d’Action Directe et ceux de Villiers-le-Bel. Pour les victimes de crimes racistes et sécuritaires et les morts en détention. 10 ans d’amitiés, de rencontres, de projets. 10 ans à construire une scène autonome, promouvoir le rap et le reggae underground, la littérature subversive et la contre-culture en général. 10 ans à tenir des tables, 10 ans de concerts de soutien, de manifestations, de rassemblements. 10 ans à creuser les brèches du système politique et les espaces pas encore cannibalisés par l’industrie musicale. 10 ans de temps, de sueur, de débrouille, de charbon, pour imprimer et diffuser des livres, presser des albums, sortir des compilations de soutien, organiser des concerts avec les moyens du bord.

Construire une scène militante c’est s’inscrire dans l’héritage du rap et du reggae, musiques de libération, musiques des quartiers populaires, en lui imprimant une nouvelle direction, celle du terrain, ici et maintenant. Rester intègre, soutenir les révoltes sous toutes leurs formes, donner un écho à la création artistique qui les relaie, les amplifie : une mémoire des luttes et une culture populaire de résistance.

Depuis longtemps, nous manquons d’un lieu, d’un espace pour nous organiser, pour concentrer nos initiatives, les projeter dans le long terme. Un lieu pour regrouper nos forces, un espace de diffusion, de création. Un espace pour structurer cette scène, la stabiliser, lui donner une possibilité de rayonner, d’explorer, d’exploser. Un espace pour stocker et pour s’informer.

Aujourd’hui, nous avons l’opportunité d’avoir un lieu pour pérenniser les efforts déployés depuis 10 ans. L’opportunité de concrétiser et de donner un cadre à ce qu’on fait avec les tripes depuis ces dix années.

En septembre 2014, une librairie/boutique BBoyKonsian ouvrira à Ménilmontant. L’ouverture de ce lieu est un tournant, qui va demander beaucoup d’énergie mais aussi de l’argent. Payer le loyer, alimenter les rayons, organiser des rencontres, permettre au lieu de durer, tout ça a un coût. Cette soirée permettra donc par la solidarité et l'entraide de voir ce lieu exister et assurer l'avenir de Bboykonsian.

PLAYLISTS


Des auditeurs se sont plaints de nos playlists, les titres des morceaux n'apparaissent pas sur certains lecteurs. On a mis nos équipes sur le coup, et y aura d'ici peu toutes les playlists taggées correctement, ainsi que la 7, qui manque cruellement. Un peu de patience. N'hésitez pas à protester, rubrique "contact".

Soutien au hangar


mardi 20 mai 2014

Concurrence

France 4 rediffuse les 6 épisodes de la très bonne série de la BBC Black Mirror, réflexion SF sur la puissance de la technologie dans ce monde. Il faut au moins voir le premier épisode, drôle, méchant et irrespectueux, à l'anglaise.

C'est 6 histoires indépendantes, qui flirtent avec Twilight Zone pour les meilleures. C'est souvent mal filmé et mal joué, mais les scénars sont farcis d'idées malignes. Un genre de littérature de gare en flim.






Canal sud


A partir de Vendredi, Black Mirror est rediffusé sur Canal sud à Toulouse, 92.2 FM, de 14 à 16.
Vous pouvez aussi capter la radio en stream, .
Le site de la radio : Canal Sud
Merci à l'équipe de nous inviter sur leurs ondes. N'hésitez pas à nous faire des propositions de redif sur vos ondes locales, faites passer le message !

Stagger lee




Cette semaine, émission spéciale sur Stagger Lee, figure mythique du bad man, du bad nigger, qui piétine la morale pour se faire une place dans un monde dirigé par les blancs. Fait divers sordide de la fin du XIXe, ce banal meurtre pour un stetson est devenu célèbre par la force de la transmission orale. D'innombrables blues ont repris et transformé l'histoire, qui a ensuite infusé dans l'imaginaire de la Blaxploitation, du gansta rap, des rude boys.

vendredi 16 mai 2014

Episode 8 : Apollo Brown

 

Apollo Brown, producteur de Detroit nourri à la Soul et au Hip-hop des nineties, vient de sortir un projet instrumental assez réussi. On en profite pour faire un petit tour dans ses productions et la musique qui l'a forgé. Un grand merci à mon poto Pucci pour la sélection.

L'émission : BCK MIR 8
La Playlist : BCK MIR 8 Playlist


 
 
 

L'album de Lee Moses, c'est par là : Time and place
Pas mal de vidéos en cliquant sur le lien :

jeudi 1 mai 2014

Episode 7 : Breakbeat's Revenge



Cette semaine,on se fait plèze. Petite pause dans la préhistoire, retour au Hip-hop, et à sa colonne vertébrale : le Breakbeat. Pour ceux et celles qui commençaient à en avoir marre des oldies, on va s'écouter des gros classiques des 70's et se promener dans les morceaux qui les ont pillés. Booker T, Al Green, Melvin Bliss, Syl Johnson, et Ultramagnetic MC's, KRS one, Mobb Deep, Gangstarr, Public Enemy...

L'émission : BCK MIR 7
La playlist : BCK MIR 7 PLAYLIST