lundi 14 décembre 2015

Saison 3 épisode 3 : "Gimme My Money Back", Street-music à la Nouvelle Orléans



Cette semaine, en complément des deux épisodes précédents sur la Nouvelle Orléans, on écoute des perles de la musique de rue de Crescent City, des standards transmis de génération en génération par les brass bands qui perpétuent un jazz populaire, destiné à la danse et à la célébration. C'est de ces fanfares incandescentes que naîtra le funk des origines, celui dont est directement issu le hiphop. Mardi-gras, black indians, enterrements où se dansent peine et joie mêlées, deux heures de musique bouillante et chargée d'histoire.

L'émission : BCK MIR S.03 EP.03, Street Music
La playlist : BCK MIR S.03 EP.03 Street Music Playlist


L'excellente tape de Young MA :



La vidéo qui l'a faite exploser. On comprend pourquoi. Elle fume Chi-Raq.



Pas de clip encore à la reprise qu'en donne E-40 de ce tube intemporel, mais la vidéo de la version accoustique pour se consoler :



jeudi 26 novembre 2015

Saison 3, épisode 2 : Nouvelle-Orléans, street music : second line, zulus & black indians


Cette semaine, on continue de remonter aux sources de la funk, cette musique poisseuse qui donna naissance au hip-hop dans les légendaires block parties, quand le DJ se mit à jouer en boucle les breakbeats les plus funky pour rassasier les danseurs. Ces rythmiques vont puiser loin dans l'histoire Noire, à la Nouvelle Orléans, plaque tournante de l'esclavage mais aussi lieu de perpétuation des pratiques culturelles des africains déportés. A Congo Square, où les chants et les danses étaient autorisés le dimanche, puis dans les bouges et les house-parties et enfin, jusqu'aujourd'hui, dans les brass bands, ces fanfares de rue qui accompagnent les enterrements et le mardi-gras. Une musique populaire, une musique de rue, une musique de résistance à l'acculturation. On y célèbre les ancètres marrons et les indiens qui les ont aidés, on y fête la joie d'avoir connu un être cher quand on l'accompagne à sa dernière demeure, on danse avec son krewe pour défier celui d'en face, on honore le roi zulu qui résiste à l'envahisseur blanc. Avec le beat comme ossature, un rythme créole fait de marches militaires françaises, d'habanera espagnole, de bambula africaine. La funk est née dans ces rues, et le hip-hop lui doit tout.

L'émission : BCK MIR S.03 EP.02
La playlist : BCK MIR S.03 EP.02 Playlist
















L'excellente bédé dont on parle en début d'émission. Cliquez dessus pour accéder au blog.

vendredi 13 novembre 2015

Saison 3, épisode pilote : Congo Square


Pour ce premier épisode de la nouvelle saison, on entame une série consacrée à la Nouvelle Orléans, plaque tournante de l'esclavage aux Etats-unis, berceau du Jazz et de la Funk, symbole d'une ségrégation qui n'a jamais réellement cessé, ce que la catastrophe sociale de Katrina a démontré à nouveau de façon tragique.

Démarrage en douceur : on présente le principe de l'émission pour les heureux nouveaux venus, puis on s'offre une double ration de nos traditions, avec la tarte hip-hop de la semaine, G-Herbo/PNL, et un triple sample de la semaine en hommage à l'inégalable Allen Toussaint qui vient de nous quitter et à Miriam Makeba, et enfin une double perle soul surprise...

Et puis on parle de Congo Square, cette place restée célèbre pour avoir été le lieu aux USA où les rassemblements de Noirs étaient autorisés le dimanche, et où se sont donc perpétuées et transmises les traditions musicales et culturelles des déportés d'Afrique de l'ouest. Le rythme, la danse, le chant comme exutoire et résistance, un battement qui animera ensuite les musiques natives de cette ville furieuse, puis bien plus tard le Hip-hop.

Des champs de coton aux ghettos de New York. Bienvenue !

L'émission  : BCK MIR S.03 EP.01 "Congo Square"
La playlist :  BCK MIR S.03 EP.01 Playlist



jeudi 5 novembre 2015

INTERNATIONAL HIP HOP


Black Mir a rejoint l'équipe du dernier magazine Hip-hop papier qui ait survécu.
On assure quelques chroniques de disques et bouquins, ainsi qu'un hommage aux regrettés Sean P. et Pumpkinhead. Beaucoup plus dans le prochain.
100 pages de vrai Hip-hop dans tous les Relay du pays, et bientôt en Afrique et au Canada.
Entre autres, de belles interviews d'Ali, Rza, M1 de Dead Prez, une double page sur le grand Gil Scott Heron, un décryptage de PNL.
A visiter, le site du zine, avec multitudes de chroniques de mixtapes et imports par nous autres : IHH
Support !

mercredi 16 septembre 2015

Summertime 15 Selekta



En attendant la vraie rentrée, deuxième mercredi d'octobre, un peti cadeau pour patienter. Sélection totalement subjective des sons qui ont éclairé l'été, en Hip-hop du moins.
Beaucoup de nouveautés, quelques trucs qui vieillissent bien, toutes régions, tous styles, histoire de se rappeler que le rap est bien vivant, et que c'était pas mieux avant.
En espérant que ça vous mette bien, comme c'est le cas par chez nous.
A très vite, pour remonter le temps, et retourner fouiller les racines d'une musique qui nous tient debout.
Hip-hop 4 life.

L'émission : Summertime 15
La tracklist : Summertime 15 Tracks


Quelques vidéos, dans l'ordre de la selekta : 

Le plus beau clip de l'été, Staples :

 


Norf Norf, par le même, grand album :




Jazz Cartier, Tioronto, Canada :






La Mixtape (clique pour download) :


Jazz Cartier - Marauding In Paradise


Payroll Giovanni, un des meilleurs albums de l'année, pas de doute, Detroit :






Boogie, tuerie absolue, dans un style très différent de ce qu'il fait d'habitude. Tube à L.A, mérité :




Pour mémoire, il nous avait fait ça l'année dernière, on s'en est toujours pas remis :




Sa tape, décevante :


Boogie - The Reach



Plus de son et d'image par là :


mardi 1 septembre 2015

"Bouche Cousue" - Femcees Mixtapes



Rima, qui nous avait déjà offert l'épisode spécial B-Girls, et à qui on doit les deux premiers volumes d'une série de compils "Bouche cousue" entièrement consacrées aux meufs qui rappent, nous livre un volume 3 torride et fâché : "Hot Summer". Ca se download par , et c'est bouillant.

Le volume 1, c'est par là :

http://www.mediafire.com/download/klqzgu3lg3n1lkn/BOUCHE_COUSUE_VOL.1.zip


Le volume 2, c'est par là : 



Bonne écoute !

jeudi 27 août 2015

Quartiers libres / Black Mir


Tout le mois d'août, l'excellent blog Quartiers Libres nous a fait le plaisir et l'honneur de mettre un coup de projecteur sur l'émission. Chaque jour, un nouvel épisode, avec un texte de présentation inédit rédigé par nos soins. Merci à eux, profitez-en pour visiter leurs pages, de nombreux textes précieux sur les luttes culturelles, sociales, politiques, qui animent les quartiers populaires.

"No rest for the wicked"


Les épisodes (cliquez sur le titre pour accéder à l'article) :

mardi 7 juillet 2015

S.02 EP. 32 : Biggie & Tupac Selekta



En complément de la série sur Tupac et biggie, un parcours subjectif dans la disco des deux bonhommes.

BCK MIR BIGGIE TUPAC SELEKTA

samedi 4 juillet 2015

S.02 EP.31 : Biggie & Tupac Part 2 : Who Shot YA ?


Dernier épisode de la saison, avec la fin de la légende Biggie et Tupac, figures incontournables et maudites du Rap US des années 90. On reprend à l'entrée de 2PAC en prison, on le voit sombrer dans la paranoia, puis signer en échange de sa caution avec le sulfureux label Death Raw tenu par un gangster avéré, le très craint Suge Knight. La guerre est officiellement déclarée entre Tupac et Biggie, entre Suge Knight et Puffy Combs, patron du label Bad Boys qui p^roduit B.I.G, entre la côte Ouest et la côte Est. De morceaux haineux en intimidations, de déclarations dans la presse en bastons mémorables, la tension monte, et atteint son apogée avec les morts à quelques mois d'écart de ces deux monstres sacrés du Rap.

Dernier épisode dans des conditions extrêmes aussi, canicule oblige : le studio était une étuve, pardonnez donc l'essoufflement et la fatigue de votre hôte. Ca vaut quand même le coup, de belles histoires et de la très bonne musique. Dernier épisode interminable, par ailleurs, plus de trois heures... On vous l'a coupé en trois parties pour faciliter la digestion. A l'année prochaine, on va revenir fort !


L'émission :

BCK MIR BIG &2PAC Part2 #1
BCK MIR BIG &2PAC Part2 #2
BCK MIR BIG &2PAC Part2 #3


La Playlist : BCK MIR BIG &2PAC Part2 Playlist


Le bouquin de Sullivan, enquête en forme de Thriller policier sur les véritables assassins. Peu de révélations au final, mais une belle peinture des pratiques du label à la chaise électrique :

SULLIVAN

Le clip trombinoscope de la tuerie de E40 :





Le clip étrange de Vince Staples, dont vient de sortir le monstrueux double album Summer 06, Future au refrain s'il vous plaît :




Le clip d'une des "diss" songs les plus violentes de l'histoire du rap :




La fameuse déclaration de guerre de Suge Knight à Bad Boys lors de la cérémonie des Source Awards :




Tupac un peu plus tard :




La tension monte encore d'un cran, les crews s'en mêlent :






Tupac qui se prend pour un grand gansta :




Les deux version mégalo de California Love :






Le clip révélateur de Biggie :




Le clip prémonitoire de Tupac :




Le très mauvais film sur B.I.G :




Le très mauvais film sur l'enquête de Russell Poole, avec quelques images marrantes néanmoins :




Un des innombrables morceaux posthumes :

jeudi 25 juin 2015

S.02 EP.30 : Biggie & Tupac, part 1


Cette semaine, on parle des deux monstres sacrés du rap US des années 1990. Deux types qui ont commencé par être potes et partager des scènes, avant d'incarner la guerre fratricide qui a opposé les côtes Est et Ouest, qui s'est finie dans un bain de sang. Les deux ont été assassinés à six mois d'écart, sans que jamais qui que ce soit ne soit inculpé pour ces meurtres. Depuis, les spéculations et autres théories du complot vont bon train : Règlements de compte entre les patrons de leurs labels Death Row et Bad Boy ? Complot du F.B.I pour affaiblir un mouvement Hip Hop en plein essor, et perçu comme un danger par le pouvoir ? Guerre des gangs ? Manipulation de Suge Kight, patron terrifiant de Death Row, pour se débarrasser de son poulain Tupac qui avait des envies d'ailleurs ? Comédie (Tupac, en réalité, est à Cuba avec sa tante Assata, Black Panther réfugiée) ? On ne répondra pas à ces questions. Mais on tâchera de retracer le parcours fulgurant et foudroyé de ces immenses rappeurs, dont la musique et la légende ont marqué durablement le mouvement, et ont résumé à eux seuls le pire et le meilleur de ce que peut nous offrir le rap.

Première partie cette semaine : les origines, les premières années, la filiation, les collaborations, l'explosion, juste avant que Tupac ne se fasse tirer dessus une première fois avant de partir en prison pour une sombre histoire de moeurs.

L'émission : BCK MIR S.02  EP.30
La Playlist : BCK MIR S.02  EP.30 PLAYLIST

La tarte Hip Hop de la semaine, c'est la tuerie de Charleston : un suprémaciste blanc qui a tiré dans le tas dans une église Noire historique, pendant l'office, et abattu 9 personnes. Ca nous rappelle tristement l'attentat de Birmingham en 1964, qui avait inspiré cette chanson à Nina Simone. L'occasion de la réécouter :




Les paroles :


Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

Can't you see it
Can't you feel it
It's all in the air
I can't stand the pressure much longer
Somebody say a prayer

Alabama's gotten me so upset
Tennessee made me lose my rest
And everybody knows about Mississippi Goddam

This is a show tune
But the show hasn't been written for it, yet

Hound dogs on my trail
School children sitting in jail
Black cat cross my path
I think every day's gonna be my last

Lord have mercy on this land of mine
We all gonna get it in due time
I don't belong here
I don't belong there
I've even stopped believing in prayer

Don't tell me
I tell you
Me and my people just about due
I've been there so I know
They keep on saying 'Go slow!'

But that's just the trouble
'Do it slow'
Washing the windows
'Do it slow'
Picking the cotton
'Do it slow'
You're just plain rotten
'Do it slow'
You're too damn lazy
'Do it slow'
The thinking's crazy
'Do it slow'
Where am I going
What am I doing
I don't know
I don't know

Just try to do your very best
Stand up be counted with all the rest
For everybody knows about Mississippi Goddam

I made you thought I was kiddin'

Picket lines
School boy cots
They try to say it's a communist plot
All I want is equality
For my sister my brother my people and me

Yes you lied to me all these years
You told me to wash and clean my ears
And talk real fine just like a lady
And you'd stop calling me Sister Sadie

Oh but this whole country is full of lies
You're all gonna die and die like flies
I don't trust you any more
You keep on saying 'Go slow!'
'Go slow!'

But that's just the trouble
'Do it slow'
Desegregation
'Do it slow'
Mass participation
'Do it slow'
Reunification
'Do it slow'
Do things gradually
'Do it slow'
But bring more tragedy
'Do it slow'
Why don't you see it
Why don't you feel it
I don't know
I don't know

You don't have to live next to me
Just give me my equality
Everybody knows about Mississippi
Everybody knows about Alabama
Everybody knows about Mississippi Goddam


Sample de la semaine :

Le clip What the Fuck du tube de 1979 Rise :





Le clip hollywoodien d'Hypnotize, suivi des funérailles de Biggie où ce titre légendaire a retenti :








Ladi Dadi !






Les débuts de Tupac :




Les débuts de Biggie :




Les deux ensemble :






Tupac en interview, tout jeune :








A un dîner de militants Noirs :




Les textes d'Assata Shakur, sa tante : ASSATA

jeudi 18 juin 2015

S.02 EP.29 : What's Up ? #4


Avant dernier épisode de la saison, on se prépare aux vacances, on met du son de côté. On fait le tour des projets marquants des derniers mois, essentiellement en rap US, avec une incartade aux Tarterêts. Début d'année en demi-teinte, mais y a quand même deux-trois trucs vraiment chauds et surprenants, même à New York !

L'émission : BCK MIR WHAT'S UP #4
La Playlist : BCK MIR WHAT'S UP #4 PLAYLIST


Le sample de la semaine, un incontournable :

 






Erreur impardonnable, "Who run it", c'est Three Six Mafia...




La tarte Hip Hop de la semaine, en free download (cliquer sur l'image)

BBK


Ka, Days with Dr Yen Lo, ou "Mais quelle idée de sortir ça au printemps ?!?", série de clips magnifiques :













Dans la famille joyeuse, allons faire un tour aux Tarterêts, un gros big up au Réal qui retranscrit si bien l'atmosphère des morceaux de PNL :
















Encore plus de liens et de vidéos :

mercredi 10 juin 2015

S.02 Ep.28 : Dialectik Music


Emission particulière cette semaine. Rangez les cahiers, y a pas cours ! On diffuse une rencontre avec le MC trop méconnu Puzz Mama, du groupe Dialectik. On emploie le mot "MC" à dessein, tant Puzz est un acharné du micro. On en sait quelque chose pour l'avoir vu rapper jusqu'à l'aube dans des états... approximatifs, et garder toute sa hargne et sa technique bien en place malgré la "fatigue". Le lendemain midi, après quelques minutes de coma pas du tout réparateur, on presse Rec avec le poto Nox de Dijon, pour une interview croisée du lascar, qui s'avère passionnante. On y parle boum bap, trap, freestyle, références, engagement, squats. On y écoute comme d'hab beaucoup de bon son, notamment les prods de Puzz et de son coéquipier. Tout leur son circule gratuit, vous pouvez en retrouver pas mal là : Mixdown ou sur le blog, des fois mis à jour (mais pas très souvent...) : Dialectik
Les deux larrons tournent beaucoup dans les soirées de soutien, notamment pour l'anti-répression et contre la prison et la police. Ca se rate pas, y a de la rage, du style et de la générosité, bien plus encore que sur skeud. C'est l'école kickeur, pas rat de studio.

L'émission : BCK MIR DIALECTIK
La Playlist : BCK MIR DIALEKTIK PLAYLIST

On ouvre l'émission sur le poto Cerna, qui vient de sortir son premier album solo, dont on ne peut pas dire trop de bien pour des raisons éthiques évidentes : on nous croirait pas. Allez donc plutôt vous faire une idée, c'est à prix libre sur son bandcamp, ou en digipack livret couleur 24 pages, pour 7 balles.





Déja quelques vidéos dans la boite :












Pas de clips pour Dialectik encore, raison de plus pour aller les voir en concert, histoire de mettre une ganache sur cette voix d'outre-tombe. Elle vaut le coup, et ce qu'il y a dedans avec.Pour le plaisir, quelques références citées dans l'émission par le lascar. On est en bonne compagnie.
























par inrapru











samedi 30 mai 2015

Soutien au Palmier, maison expulsable.


Le squatt du Palmier à Saint Girons 09 se fait expulser petit à petit (d'abord le terrain, la maison suivra évidemment). C'est le moment de montrer qu'on tient à cet endroit, histoire de mettre un peu la pression à une mairie qui s'acharne. Teuf de soutien le 13 juin. Avec un concert de Cerna et une selekta de Black Mirror. Faites tourner et venez nombreux et nombreuses.



jeudi 28 mai 2015

S.02 EP.27 : Des champs de coton aux ghettos de l'hexagone : Les oubliés


Suite et fin de notre petit tour dans le bouquin de Mehdi Maizi, occasion de reparler des grands classiques du rap français. Cette semaine, on traîne encore un peu dans les années 2000, et surtout on rattrape deux trois manques cruels à cette sélection presque irréprochable (ce qui n'est pas le cas des chroniques, on le répète...)

L'émission : BCK MIR RAP FR 3
La Playlist : BCK MIR RAP FR 3 PLAYLIST

Comme d'hab', on a débordé, voici donc la version courte (trop!) pour les radios amies qui nous rediffusent : BCK MIR FR 3 RADIO


La tarte hip hop de la semaine, projet gratuit :


Jazz Cartier - Marauding In Paradise





L'album d'Eskicit, klassik méconnu :




Teaser du prochain album de Premiere ligne, nouveau groupe du rappeur E-One avec Skalpel et Akye (www.bboykonsian.com) :




18 ème !!!










AL (Matière Première) :









Comme d'hab, plus de clips en cliquant :

jeudi 21 mai 2015

S.02 EP.26 : Des champs de coton aux ghettos de l'hexagone, vol.2 : Les années 2000


Cette semaine on poursuit l'exploration des grands albums du rap français, en partant de la sélection du bouquin de Mehdi. On commence par la planète Mars, dont on a pas eu le temps de parler la semaine dernière, et on enchaine avec la bande à Lunatic, puis Tandem, Casey, La Rumeur... Que des classiques.

L'émission : BCK MIR S.02 EP.26
La Playlist : BCK MIR S.02 EP.26 PLAYLIST


Le bouquin Permis de Tuer, plus que jamais indispensable : 


PERMIS DE TUER



Le site du collectif Urgence Notre Police Assassine : ICI

 

Le bouquin de Mathieu Rigouste : 


RIGOUSTE




Quelques vidéos, on commence par Chinx, R.I.P :




Avec Young Thug, ça donnait ça :




Le regretté BB King, en concert y a pas si longtemps :




Blois en plein effet :










MARSEILLE :









Plus de vidéos en cliquant sur le lien ci-dessous, comme d'hab !

jeudi 14 mai 2015

S.02 EP.25 : Des champs de coton aux ghettos de l'hexagone, part.1 (90's)


Cette semaine, on quitte un peu les USA. Deux bouquins viennent de sortir, pour nous parler de Rap français. Le premier, Regarde ta jeunesse dans les yeux, de Vincent Piolet, est indispensable. Il documente enfin, après des années de recherche et des centaines d'entretien avec les artisans du mouvement, la naissance du mouvement Hip Hop en France, avant que l'industrie musicale ne s'en saisisse, dans les années 1980. On en cause bientôt, avec l'auteur en invité ! Le second, Rap français, une exploration en 100 albums, par Mehdi de l'abcdr, on l'attendait, on en espérait beaucoup, et c'est peu de dire qu'on est déçu. Pas tant par la sélection, assez irréprochable - à part quelques absences inexpliquées -  mais c'est la cruelle loi de l'exercice. Par contre le contenu des chroniques est vraiment maigre et désincarné. Mais comme on va pas jouer les rageux, et qu'il n'a pas besoin de nous pour le vendre, on en profite pour réécouter des classiques.

Règle du jeu : on n'a pioché que dans sa sélection, et on n'écoute donc que des morceaux issus d'albums qu'il juge importants, fondateurs, représentatifs. Les anciens vont se régaler, les jeunes vont, on l'espère, faire de belles découvertes. Pour la première partie, on s'intéresse aux années 1990, et plus particulièrement à leur deuxième moitié, plus fournie, et plus mature. On évoquera les débuts des 90's avec Vincent, d'ici peu. Plutôt que de suivre un ordre chronologique, on va circuler en suivant les différentes équipes, dans une époque où le hip hop fonctionnait vraiment par crews. La West Coast hardcore du 95, le Boum Bap musclé du 93, les stylistes de Panam', la conscience du 18eme, les flows inspirés et frais du 92, les compils etc. Gros son, nostalgie, dédicaces. Bienvenue ! (faute de temps, on ne parlera de la planète Mars que la semaine prochaine)

L'émission : BCK MIR RAP FR Partie 1
La playlist : BCK MIR RAP FR Partie 1 Playlist

Comme on a pas mal débordé, passion oblige, une version de deux heures est dispo pour les radios qui nous redif', il y manque encore plus de trucs... GRRR : BCK MIR FR version courte

Quelques clips pour se replonger dans une époque où les Stan Smith blanches étaient pas portées par les hipsters...

















Plus de vidéos en cliquant sur le lien :

lundi 11 mai 2015

Le sale air de la peur # 8 : Les années de plomb algériennes...



Les années de plomb algériennes (1991-1999), manipulation du terrorisme par la junte militaire algérienne, construction médiatique et policière de l’islamophobie en France.
 

L'émission : Le Sale Air # 8

Ce mois-ci dans Le sale air de la peur, on se penche sur une période charnière de la fabrication de l’islamophobie en France. Les années 90 ont été ce moment où a pris corps l’amalgame entre Islam et terrorisme, suscité par la situation de l’Algérie toute proche, qu’on voyait basculer dans la barbarie et le chaos, du fait de la violence aveugle des groupes islamistes radicaux. Une fureur qui a semblé justifier toutes les outrances. Elle a été le terreau sur lequel s'est épanoui tout un discours médiatique et politique ainsi qu’un arsenal législatif servant à viser, culpabiliser et réprimer les musulmans réels ou supposés. Ces événements tragiques ont aussi servi de prétexte pour justifier des guerres impérialistes et quantité de restrictions aux libertés publiques.

Et pourtant, cette histoire était falsifiée : massacres, assassinats et attentats terroristes n’étaient que les rouages d’une effroyable machinerie de terreur et de mort. Aux commandes, la junte militaire algérienne, déterminée à garder le pouvoir quoi qu’il en coûte. Son opiniâtreté meurtrière aura saigné le peuple algérien avec près de 200 000 morts, un million de déplacés, des milliers de disparus et des dizaines de milliers d’exilés. Une décennie de terreur dont la violence ahurissante a pris ses sources dans 130 ans de colonialisme caractérisés par l’usage de la force brute et une tentation génocidaire récurrente. 

Tout cela n’aurait pas été possible sans le soutien du pouvoir français, sans le zèle des grands médias, sans l’appui de quelques faux-experts et intellectuels médiatiques. Ils ont été les derniers soutiens des « généraux éradicateurs » parmi la communauté internationale, contribuant à fabriquer le chimérique fanatisme musulman dont avait besoin le pouvoir algérien pour mater la population qui lui demandait des comptes. Ils les ont armés et les ont soutenu économiquement dans la poursuite de leur guerre contre le peuple.

Aujourd’hui, même si cette période de tous les mensonges et de toutes les compromissions continue à déterminer profondément les discours et les politiques, elle fait l'objet d’un gigantesque trou de mémoire. Nous pensons qu’il est plus que jamais temps de participer au retour de cette histoire refoulée.


Pour poursuivre sur ce sujet :

-Lounès Aggoun et Jean-Bapiste Rivoire, Françalgérie, crimes et mensonges d’États, La Découverte, 2004. (plein de références utiles dans la bibliographie)

- Reportage de l’émission 90 minutes, sur Canal +, diffusée en novembre 2002, Attentats de Paris, enquête sur les commanditaires.
https://www.youtube.com/watch?v=jIRuE_WRYa0

-Le site de l’OGN Algéria-Watch :
http://www.algeria-watch.org/francais.htm

 

jeudi 23 avril 2015

S.O2 EP.24 : Selekta spéciale Billie Holiday


Cette semaine, en complément des deux précédentes émissions sur Billie Holiday, Lucie nous offre une sélection de quelques-uns de ses plus grands morceaux pour finir de lui rendre hommage. On passera entre autres par une très belle reprise de These foolish things par son complice de toujours Lester Young, on écoutera Ma Rainey la "mère du Blues", Bessie Smith son influence majeure, et des versions méconnues de certains de ses classiques. Mais aussi un sample de la semaine spécial Girl Power, et un des sommets de la tape déroutante de Young Thug Barter 6.

L'émission : BCK MIR S.02 EP.23


Tracklist :

01. Leslie Gore - You Don't Own Me
02. Eminem - Untitled
03. RZA - Money Don't Own Me
04. Ali - Oraison funebre
05. Young Thug - Dome
06. Ma Rainey -Booze and Blues
07. Ma Rainey -Stack O Lee Blues
08. Bessie Smith - Empty Bed Blues
09. Bessie Smith - Nobody Knows You When You're Down and Out
10. Billie Holiday - What A Little Moonlight Can Do
11. Billie Holiday - If You Were Mine
12. Billie Holiday -No Regrets
13. Billie Holiday -Let's Call The Whole Thing Off
14. Billie Holiday -They Can't Take That Away From Me
15. Billie Holiday -Sun Showers
16. Billie Holiday -Mean To Me
17. Billie Holiday -Foolin' Myself
18. Lester Young -These Foolish Things
19. Billie Holiday - Pennies From Heaven
20. Billie Holiday -Me, Myself And I
21. Billie Holiday -My Man
22. Billie Holiday -I'm Gonna Lock My Heart
23. Billie Holiday - This Year's Kisses
24. Billie Holiday -When A Man Loves A Woman
25. Billie Holiday -The Very Thought of you
26. Billie Holiday -Some Other Spring
27. Billie Holiday -All Of me
28. Billie Holiday -Jim
29. Billie Holiday -I Cover The Waterfront
30. Billie Holiday -My Old Flame
31. Billie Holiday -On The sSunny Side Of The Street
32. Billie Holiday -You Better Go Now
33. Billie Holiday -Don't Explain


Un morceau clippé de Barter 6, c'est vraiment n'importe quoi mais le morceau est tellement mortel :




Le kitchissime passage de Leslie Gore au T.A.M.I Show :

jeudi 16 avril 2015

S.02 EP.23 : Billie's Blues part.2


Deuxième épisode de notre série consacrée à Billie Holiday, qui fête son centenaire. Cette semaine, on parle de ses vingt dernières années de vie et de carrière. Elle chantera ses douleurs sourdes jusqu'à la fin, avant d'être engloutie par les larmes, l'alcool et la drogue après la mort du seul véritable ami qu'elle ait eu, qui était aussi son meilleur complice de musique : Lester Young. Elle meurt dans la solitude, entourée par des flics dans un hôpital New-yorkais. Mais avant, elle nous aura encore offert de sublimes chansons, malgré une voix qui la quitte peu à peu, des orchestrations parfois désastreuses, et une vie qui oscille entre les lumières des plus grands théâtres et l'ombre des cachots.

L'émission : BCK MIR S.02 EP.23
La Playlist : BCK MIR S.02 EP.23 Playlist


Quelques vidéos :





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Le sample de la semaine, Currensy sur un sample de David Axelrod :



vendredi 10 avril 2015

Le sale air de la peur, épisode 7 : Universalisme et assimilation


Ce mois-ci dans le Sale air de la peur, on continue d'esquisser les contours de l'idéologie républicaine en essayant de réfléchir à deux de ses "grands" concepts, l'universalisme et l'assimilation. Sous couvert d'humanisme globalisant, l'universalisme a toujours servi à protéger les privilèges d'une seule catégorie de la population, l'homme bourgeois blanc, en excluant d'abord les femmes et les pauvres puis les personnes racisées. L'assimilation quant à elle sert à fabriquer une figure d'altérité négative : c'était l'espion prussien il y a plus d'un siècle, c'est l'homme musulman aujourd'hui. On s'est appuyé.e.s sur un livre d'Abdellali Hajjat, Les frontières de l'identité nationale, l'injonction à l'assimilation en France métropolitaine et coloniale. Il y fait l'histoire idéologique de l'assimilation et l'histoire sociale des colonies et de l'immigration en France en analysant les pratiques administratives d'accès à la naturalisation. On verra donc que l'assimilation n'est rien de plus qu'un outil de légitimation du pouvoir qui varie selon le contexte économique et politique, faisant le tri entre le bon étranger intégrable et le mauvais, non intégrable.

Podcast : Le sale air de la peur 7
Page de l'émission : Sale air

jeudi 9 avril 2015

S.02 EP.22 : Billie's blues, part. 1




Cette semaine, premier épisode d'une série consacrée à Billie Holiday, pour son centenaire. Une des premières femmes noires superstar. Une voix déchirante, malgré le répertoire insipide qu'il lui a souvent été donné de chanter. Une vie pleine de contradictions, entre le caniveau et les couvertures de magazines, entre le bordel et la scène, entre la came et la gloire. Elle était femme, et elle était noire, et rien ne semblait pouvoir l'affranchir de cette condition dans une Amérique réservée à la puissance des hommes blancs. On reçoit Lucie pour raconter le parcours de cette grande dame du Blues, et nous faire comprendre pourquoi on aime tellement son chant, alors qu'on déteste le jazz swing qui l'accompagne ! La semaine prochaine, on écoutera la deuxième partie de cet entretien, puis on consacrera un épisode selekta entier pour terminer ce mois hommage à Lady Day.

L'émission : BCK MIR S.02 EP.22
La playlist : BCK MIR S.02 EP.22 PLAYLIST


Saint Louis Blues, par Bessie Smith, un modèle pour Billie :




Quelques vidéos :











La triste réponse à " Pourquoi encore un morceau anti keuf en début d'émission ? ", ou comment le lynchage n'a toujours pas disparu dans le Sud américain :




Le morceau Martyrs de Mick Jenkins, sur un sample de Strange Fruit :



On a fait un épisode complet sur Strange Fruit, les lois Jim Crow, le lynchage : BCK MIR 10 



L'excellent site Les mots sont importants a traduit des passages du bouquin d'Angela Davis sur les femmes dans le blues, toujours inédit en France. On reproduit leur article ici :


Paru il y a plus de quinze ans, et toujours pas traduit en français, Blues Legacies and Black Feminism (L’héritage du blues et le féminisme noir) articule, de manière aussi féconde que décomplexée, esthétique et politique, grand art et culture populaire, blues et variété, luttes sociales et chansons d’amour – et enfin, bien entendu : sexe, race, classe et (homo/hétéro/bi) sexualités. Extraites de ce livre, inédites donc en français, les pages qui suivent proposent une lecture politique des chansons d’amour de Lady Day, alias Billie Holiday, dont nous célébrons aujourd’hui, 7 avril 2015, le centenaire.



On trouve, dans une bonne partie des chansons d’amour de Lady Day, quelque chose d’exalté et d’utopique, qui fait écho à la théorie d’Audre Lorde de l’érotisme comme pouvoir de transformation du réel.


Some Other Spring

Some Other Spring (« Un autre printemps »), enregistré en 1939, était d’après Billie Holiday elle-même sa chanson préférée :

« Un autre printemps, j’ai tenté d’aimer
À présent, je me raccroche à des fleurs fanées
Fraîches quand on les porte
Et qu’on laisse piétinées et déchirées
Comme l’histoire d’amour que je pleure
Un autre printemps quand la lumière meure
Les nuits m’en apporteront-elles une autre ?
Pas la même, mais quand même
Il n’est pas trop tard, l’amour est aveugle
Et le soleil brille autour de moi,
Mais au fond de mon coeur, il fait toujours aussi froid.
Amour, tu m’as trouvé un jour,
Mais cette histoire peut-elle à nouveau voir le jour ?
Un autre printemps mon coeur se réveillera
Pour chanter à nouveau la magie de l’amour
Alors, j’oublierai l’ancien duo
Et avec un nouveau printemps j’aimerai. »

Dans cette chanson, la tension entre la forme et le fond s’expriment de manière moins conflictuelle que dans d’autres, mais Billie Holiday l’interprète avec une nostalgie feutrée mêlée à une conviction éloquente. Cette oeuvre met très clairement en scène le pouvoir de l’érotisme (« l’érotisme comme pouvoir de transformation du réel ») même quand – et peut-être surtout quand – il reste inaccessible : un amour perdu à tout jamais et qu’on pleure, ou un amour futur qui n’adviendra peut-être jamais. La façon qu’avait Lady Day d’interpréter cette chanson lui permettait de parler d’un espoir exprimé avec tant de passion qu’il ne semble pas se limiter aux relations sexuelles mais aussi être la métaphore d’autres rêves comme celui d’une vie meilleure, plus heureuse et plus épanouie pour nous-mêmes, nos familles et nos communautés.
Billie Holiday a su chanter avec une conviction prophétique le pouvoir de transformation du réel dans l’amour, sans doute parce que celui-ci en était venu à représenter pour elle tout ce qu’elle ne pouvait pas atteindre dans sa propre vie. Dans un contexte culturel et racial plus complexe encore qu’aujourd’hui, elle a su entretenir une tradition héritée des hommes et des femmes qui chantaient le blues avant elle : une tradition qui représentait l’amour et la sexualité en des termes codés faisant de cette expérience quotidienne particulière la métaphore d’une soif de libération sociale.


Yesterdays

Dans une interview de 1956, lorsque Tex McCleary lui demande quelle est sa « chanson joyeuse » préférée, elle répond qu’il s’agit de Yesterdays de Jérome Kern :

« Des jours passés, des jours passés
Des jours que je me rappelle heureux, doux jours d’isolement
Des jours anciens, des jours précieux
Des jours de romance folle et d’amour
Quand la vérité était mienne
Quand la vérité était mienne
Une vie joyeuse, libre et enflammée
Quand la paix était mienne
Triste je suis, ravie je suis
Car aujourd’hui, je rêve des jours passés. »

Qu’elle qualifie, elle, de « joyeuse » une chanson que la plupart des gens qualifient sans hésitation de « triste », en dit long sur sa manière d’envisager son art. Dans cette même interview, McCleary lui demande de réciter les paroles de cette chanson qu’elle avait interprétée si souvent. Ce qui est frappant dans cette version récitée, et qu’on retrouve aussi quand elle la chante, ce sont les limites assez floues entre le discours et la musique. Ce qui nous amène à dire qu’elle a puisé dans une tradition culturelle qui prend ses racines dans les histoires d’Afrique de l’ouest où le pouvoir de transmission par la parole se trouve ancrée dans et renforcée par sa musicalité – de même qu’inversement, le pouvoir de transmission de la musique s’appuie sur et se trouve intensifiée dans sa relation à la parole. C’est dans ce contexte particulier que différentes interprétations ne s’annulent pas nécessairement : des paroles tristes peuvent devenir « gaies » en fonction du sens de la musique. Ce qu’elle dit de ce morceau ainsi que sa capacité à le retravailler en le transformant, rappellent d’autres projets esthétiques modernistes, tel que celui engagé par Marcel Proust qui consistait à se souvenir de son passé puis de le réordonner afin de se créer un nouvel univers de subjectivité.


You’re My Thrill

Dans son interprétation de You’re My Thrill, il y a quelque chose d’à la fois envoûtant, étrange et étranger. Il y a même quelque chose de quasi mystique qui vient créer un contraste saisissant avec les paroles explicites qui racontent clairement la passion d’une femme pour un homme. Alors qu’elle chante l’attirance romantique qui fait complètement perdre le contrôle au personnage féminin, Billie Holiday fait preuve d’une maîtrise artistique totale. Son débit est à la fois rigoureusement maîtrisé et empreint d’aisance. Quand on écoute la chanson, on comprend parfaitement ce que Carmen Mc Rae voulait dire lorsqu’elle déclarait que Lady Day n’était vraiment heureuse que quand elle chantait :

« Il n’y a que dans la chanson qu’elle peut s’exprimer pleinement. Elle ne peut être heureuse qu’en chantant. Je ne pense pas qu’elle s’exprime comme elle le voudrait quand vous la rencontrez en personne. Elle est à l’aise et en paix que lorsqu’elle chante. »



Dans You’re my Thrill, alors qu’elle chante précisément le fait d’être à la merci de son attirance amoureuse pour quelqu’un, l’artiste accède à un état d’autonomie et de contrôle de soi qui réforment et re-signifient de manière très particulière ce que « hors de contrôle » peut vouloir dire quand on parle d’une femme amoureuse. Son interprétation met en scène à la fois une juxtaposition et une mise en scène de la différence entre les représentations de la sexualité des femmes dans la culture musicale populaire dominante et celles qu’on retrouve dans le blues – la première niant toute capacité d’agir des femmes, le second affirmant le pouvoir particulier et la subjectivité autonome de la sexualité féminine.


Lover Come Back To Me

À l’aide de cet instrument unique qu’était sa voix, Billie Holiday pouvait donner un sens complètement nouveau à une chanson, radicalement différent de celui, sentimental et superficiel, que lui avait donné à l’origine son compositeur. Dans Lover, Come Back to Me , sa voix dit en fait : Chéri, reste loin de moi, je profite très bien de cette liberté, j’apprécie énormément d’être libérée de ce que peuvent être les modalités de l’amour imposées par la domination masculine.

« Le ciel est bleu et immense
La lune est nouvelle et l’amour aussi
Ce coeur joyeux qui est le mien chante
Chéri, reviens.
Le ciel est bleu, la nuit est froide.
La lune est nouvelle, mais l’amour est ancien
Ce coeur souffrant qui est le mien dit
Chéri, où peux tu bien être ?
Quand je me souviens de tout ce que tu faisais
Je me sens seule
Chaque route que je prends, je la prends avec toi
Pas étonnant que je sois seule
Le ciel est bleu mais l’amour ancien
Et alors que j’attends ici ce coeur qui est le mien chante
Chéri, reviens. »

Elle semble se rendre compte que ces paroles mièvres sur le ciel bleu, les lunes nouvelles et l’amour perdu ne font pas honneur à la gravité du propos qu’elles prétendent aborder, et qu’interpréter cette chanson sur un ton grave ne ferait pas honneur à l’expression de sentiments sincères. Elle choisit donc de la chanter sur un mode drôle et moqueur. En jouant avec les paroles, elle dit quelque chose de très sérieux sur la façon dont les femmes peuvent accéder à une forme d’indépendance. Les paroles donnent une tout autre manière de voir l’attitude attendue d’une femme abandonnée par celui qu’elle aime. Plutôt que d’adopter le ton d’une femme qui se morfond dans la tristesse, la voix de Lady Day donne plutôt le sentiment d’exprimer une forme de délivrance et de libération, comme si elle subvertissait la répartition traditionnellement genrée des rôles dans les relations amoureuses.

Billie Holiday était en somme capable d’injecter dans sa musique la force féminine qu’elle était incapable d’atteindre dans sa propre vie. Ce qu’elle donne à entendre, dans sa musique, de l’autonomie et de l’indépendance des femmes, a sans doute contribué – à une époque où une conscience féministe large et articulée n’avait pas encore vraiment vu le jour – à éveiller chez beaucoup la conscience de la valeur et des possibilités que la société dominante refusait aux femmes.


There Is No Greater Love

Un autre exemple de sa capacité à questionner le sens littéral et superficiel des paroles de ses chansons se retrouve dans son interprétation douce-amère de la chanson d’amour sulfureuse There is no Greater Love, qui illustre à merveille la complexité des situations dans la vie réelle – ses hauts et ses bas, les attirances troublantes, et les inévitables conflits :

« Il n’y a pas d’amour plus grand que celui que j’ai pour toi,
Pas d’amour plus grand, pas de coeur plus pur
Il n’y a pas de plaisir plus grand que celui que tu me procures
Pas de chanson plus douce que celle que tu me sussures
Tu es la chose la plus douce que j’ai jamais connue
Et de penser que tu es à moi seule
Il n’y a pas d’amour plus grand, c’est vrai
Pas d’amour plus grand que celui que j’ai pour toi. »

Quand Billie chante « Il n’y a pas d’amour si grand », le timbre de sa voix en ébranle le sens littéral, et nous invite à un examen critique de la nature des relations sociales que la chanson présente d’emblée comme allant tellement de soi. La complexité d’un tel point de vue, et sa portée émotionnelle, explique pourquoi beaucoup sont si émus par sa musique – au point qu’ils ont du mal à en expliquer les raisons.

Beaucoup des chansons de Billie Holiday sont baignées de solitude et de tristesse, et elle demeure inégalée dans sa capacité à traduire ces émotions musicalement. Par la subtilité de son phrasé et sa parfaite maîtrise du balancé, elle nous permet de saisir quelque chose de cette émotion très humaine qu’est le désespoir. Aucune autre voix n’a jamais su en donner une expression si profondément personnelle et empreinte de sincérité. C’est le point de vue d’une femme qu’elle nous donne à entendre, et comme c’est la réalité de la vie des femmes qui filtre à travers le prisme de sa musique, c’est sur nos propres états affectifs qu’elle nous instruit et nous éclaire. Ce qu’elle en dit échappe aux limites idéologiques qu’imposent les paroles. À travers sa musique, son phrasé et son tempo, à travers le timbre de sa voix, elle donne à voir les raisons sociales de la douleur et du malheur de la vie affective des femmes.




My Man

My Man (« Mon homme ») est souvent présenté comme une illustration du masochisme féminin et, dans un raccourci facile entre la vie de l’artiste et son œuvre, certains se plaisent à y voir la preuve du masochisme de ses propres relations, marquées par la domination masculine :

« Ça m’a coûté beaucoup
Mais une chose est sûre
C’est mon homme, c’est mon homme
Le froid, la fatigue, la pluie,
C’est sûr, j’oublie tout ça
Dès que je suis avec mon homme
Il n’est pas très beau
Il n’a rien d’un héros
Mais je l’aime, oui je l’aime
Des filles, il en a deux ou trois
Qu’il aime en même temps que moi
Mais je l’aime
Je me demande bien pourquoi
Car il me trompe, et parfois il me bat
Ah, mon homme, je l’aime tant
Il s’en fout
Ma vie n’est que malheur
Mais je m’en fous
Quand il me prend dans ses bras
Le monde est bien meilleur
Qu’est-ce que ça changerait, si je disais
Que je m’en vais ?
Puisque je sais que je reviendrais
À genoux, un jour
Puisque quoi qu’il fasse,
Je suis à lui, pour toujours. »

Ces paroles nous choquent par l’extravagance et l’intensité du point de vue masculiniste qu’elles adoptent, et la complaisance qu’elles semblent témoigner, si ce n’est un soutien et un encouragement, à la domination masculine. Comme l’a souligné Michelle Wallace, célèbre critique de la culture féministe Noire, cette description de l’amour n’a certainement pas contribué à rendre Billie Holiday très populaire auprès des féministes. Pourtant, Wallace défend aussi l’idée selon laquelle beaucoup de femmes noires, à différentes époques, ont su se reconnaître, dans cette oeuvre comme dans beaucoup d’autres de Lady Day, en raison des « vérités existentielles » que ses chansons décrivent et qui font écho à ce que peuvent vivre beaucoup de femmes Noires. My Man plaît toujours non pas pour son contenu, qui présente les femmes comme des victimes, mais parce que sa dimension esthétique en retravaille le contenu pour en faire une critique implicite. Quand elle chante My Man, il y a quelque chose d’ironique dans sa voix qui interdit d’en faire une interprétation trop rapide et littérale. Et au cas où cela nous aurait échappé, le tempo lent sur lequel elle chante les paroles, quand elle se demande si elle fait bien de l’aimer parce qu’il la trompe et la bat parfois, ne font que souligner une attitude ambivalente à l’égard de la violence de la relation qu’elle décrit, bien plutôt qu’elle n’appelle à une quelconque acceptation de celle-ci.

La façon dont Billie chante My Man – tantôt avec ironie ou tristesse, tantôt avec emphase ou frivolité – met en relief les contradictions et ambiguïtés de la position des femmes dans les relations amoureuses, et crée un espace dans lequel la subjectivité féminine peut évoluer vers l’auto-affirmation. Comme le remarque Michelle Wallace, les femmes Noires ont développé une relation particulière à Billie Holiday à travers ce genre de morceaux, un attrait qui transcende les différences de générations, de classes, de niveaux d’éducation et d’orientations sexuelles – son public féminin (et masculin) a toujours été trans-culturel et l’est de plus en plus.


When A Woman Loves A Man

Quand enfin Billie chante When a Woman Loves a Man, elle le fait sur le mode paisible de l’introspection, comme si elle voulait questionner les relations de pouvoir qui se jouent dans les relations amoureuses :

« Peut-être qu’il ne vaut pas grand chose
Un homme parmi d’autres, il fait ce qu’il peut
Mais peu importe, quand une femme aime un homme
Elle tiendra bon contre vents et marées, jusqu’à ce qu’il rentre au port
C’est toujours comme ça, quand une femme aime un homme
Elle sera la première à l’admirer quand il est fort
La dernière à lui en vouloir quand tout va mal
C’est toujours un jeu à sens unique qu’elles jouent
Mais les filles sont drôles quand elles le jouent
Dîtes lui qu’elle est bête, elle dira “oui, je sais mais je l’aime tant”
Mais c’est comme ça quand une femme aime un homme. »

Ses propres expériences amoureuses, que ce soit avec Jimmy Monroe, Louis McKay ou John Levy, ont clairement montré à quel point ce jeu à sens unique pouvait être destructeur. Comme on l’apprend dans son autobiographie [1], Billie n’est jamais parvenue à s’imposer dans ces relations. Dans son art, en revanche, elle posait des questions, elle incitait à une prise de conscience quant à la dimension politique de la sexualité. Son génie se trouvait dans sa capacité à traduire esthétiquement ses propres expériences personnelles en offrant des points de vue singuliers aux autres femmes, qui leur permettaient de porter un regard critique sur leur propre vie à elles.

Son style très particulier lui permettait de donner un sens singulier à sa voix indépendamment des instruments qui l’accompagnaient et du sens des paroles qu’elle chantait. Billie Holiday était capable d’établir une distance intensément troublante entre le sens littéral de ce qu’elle disait et le sens esthétique qu’elle donnait à ce qu’elle disait. Le public était amené à comprendre que les instruments (tous joués par des hommes, soulignons-le) mettaient en scène l’existence relativement tranquille dont un homme bénéficie dans une relation amoureuse, tandis que la voix s’imposait comme un personnage féminin à part entière, questionnant sans cesse des inégalités admises.

La conclusion de When a woman loves a man renforce la portée critique de la chanson : quand Billie répète « Mais c’est comme ça quand une femme aime un homme », elle achève la phrase sur une intonation montante, comme lorsqu’on pose une question. S’il en est ainsi, est-ce qu’il doit toujours en être ainsi ? Ce questionnement esthétique des paroles de la chanson, transformant une affirmation en interrogation sans pour autant y répondre, offre des conditions de possibilité pour une émancipation de la subjectivité féminine, à défaut de représenter une subjectivité émancipée.
Il est encore possible de glaner ce genre d’interprétation à travers son répertoire, bien des années après qu’il ait été interprété sur scène ou enregistré : l’art de Lady Day exprime et représente en soi une posture critique, anticipant les transformations de l’Histoire à venir. Nous sommes encore touchés par ses chansons parce que nous y sentons germer un point de vue qui n’allait trouver toute sa cohérence que plus tard – un point de vue anticipant des mouvements sociaux dédiés à la transformation des relations de genre, de race et de classe.

Ce texte est extrait du livre d’Angela Davis, Blues Legacies and Black Feminism. Gertrude Ma Rainey, Bessie Smith, and Billie Holiday, paru chez Vintage Books en janvier 1999. Traduction : Noëlle Dupuy.

On trouve sur le même site un beau texte hommage : Les boucles d'oreille de Billie Holiday

Pour aller plus loin, un des sites références : Lady Day

vendredi 27 mars 2015

S.02 EP.21 : What's up #3



Cette semaine, petit tour subjectif dans les niouzes hip-hop des derniers mois. Ce qui nous a fait du bien aux oreilles, à la tête, au bide. Du français, de l'anglais, du cainri. Eclectisme de rigueur, toutes écoles, toutes régions. Du "conscient", de "l'ignorant", du boum bap à la trap. Que du trèèèès bon.

L'émission : BCK MIR S.02 EP.21
La Playlist : BCK MIR S.02 EP.21 PLAYLIST

Tracklist :
01. Kendrick Lamar - King Kunta
02. Mr Lennie Hibbert - Rose Len
03. Ms Dynamite - Dy-NA-my-tee
04. Earl Sweatshirt feat. RZA - Molasses
05. Ahmad - A la vie à la morgue
06. Ahmad - Mon polo
07. X-MEN - Retour aux pyramides
08. Sameer Ahmad - Deuxième du nom
09. ALI - A.R.T
10. Flynt & Lino - Appelle moi mc
11. 10 Vers, Paco, Ritzo : Respect
12. Première Ligne : Apaches
13. Jam Baxter - Caravan
14. The Four Owls - Old Earth
15. Rapper Big Pooh - No Future
16. Kenn Star - Say Goodbye
17. Kenn Star feat. Boog Brown - Exodus
18. Cannibal Ox feat. MF Doom - Iron Rose
19. Ka feat. Roc Marciano - Soap Box
20. Ka - Nighthood
21. Earl Sweatshirt - Faucet
22. Earl Sweatshirt - The grief
23. Earl Sweatshirt - Wool feat. Vince Staples
24. A Wax - Over qualified
25. A Wax - Rain
26. A Wax - Crocodile Dundee
27. Lil Bibby & Lil Herb - Ain't Heard About You (Kill Shit Pt 2)
28. Yo Gotti - Never changed (feat. Lil Bibby)
29. Yo Gotti - Ion Feel Em (feat. Kevin Gates)
30. Pee Wee Longway - That ain't new to me
31. Pee Wee Longway - I start my day off selling drugs
32. Rome Fortune & OG Maco - Riot
33. Rae Sremmurd - No Type
34. The Bug - Fuck You


Grosse salve de vidéos, dans l'orde de l'émission, pour compléter le son :


Tarte hip hop, Lamar semble vouloir sortir ses "meilleurs" morceaux de l'album : 




(quasi plagiat) :




Sur un sample de Mr Lennie Hibbert, vibraphone jamaicain, gros tube du début 2000 :




Ahmad, avec les X men en feat sur le refrain :




Là ça rappait aussi :




Nouvel album :




On parle aussi de la nouvelle compil de DJ Blaiz, Appelle moi Mc vol2 :




Les camarades de Première ligne annoncent leur nouveau projet :




Le webzine/shop/infokiosk Bboykonsian, c'est par là : BBOY
Encore plus de vidéos en cliquant sur le lien :