samedi 30 avril 2016

What's Up ? #7



Le tour des nouveautés hip-hop de la quinzaine qui nous ont chatouillé l'oreille en ce printemps militant. Beaucoup de "jeunes vétérans" dans cet épisode, pour reprendre le blase du chouette album du camarade Fik's Niavo qui vient de sortir et dont on reparlera sous peu. Bonne écoute !


Podcast : WASSUP 7
Playlist : Wassup 7 Playlist






Tracklist :
01. Le Sous-Marin & Fils du Béton - Bébés Tchernobyl
02. Le Sous-Marin & Fukushima Orchestra - Tetsuo Shima
03. Grodäsh & Fik's Niavo - Travyon Martin
04. Casey - Places Gratuites
05. Kool Shen - La France Est Internationale
06. Jean Jass & Caballero - Rien De Grave
07. Jean Jass & Caballero - Verygolo
08. Jean Jass & Caballero - Oh Merde
09. Aesop Rock - Dorks
10. Aesop Rock -Kirby
11. Aesop Rock -Lazy Eyes
12. Dj Shadow Feat. Run The Jewels -  Nobody Speak
13. RTJ Feat. Gangsta Boo - Love Again
14. Dj Quick - Rosecrans
15. Dj Quick - This Is Your Moment
16. Curren$y - Cement 4
17. Curren$y -Them Music GTA
18. Triple Darkness - Dead Orchid
19. Skepta - Man
20. Stormzy - Scary
21. Lady Leshurr - Unleshed (Panda Freestyle)
22. The Underachievers - Play That Way
23. Saba Feat. Smino & LEGIT - World In My Hands
24. Phor - Ye Shit





Quelques vidéos : 

 























lundi 11 avril 2016

IHH


Le quatrième numéro du seul magazine hip-hop papier qui ait survécu à Internet vient de sortir. Black Mirror y prend une part active, et assure notamment quelques interviews :

Une version courte de la rencontre avec Sitou Koudadjé, une longue entrevue avec Sameer Ahmad qui a pondu le superbe "Perdants Magnifiques" l'année dernière bientôt réédité en cassette et en vinyle, et une interview fleuve de notre daron à tous Dee Nasty, qui se livre avec une rare sincérité. Tout ça en collab avec Kasko, et le poto Adel en soutien pour celle du Grandmaster.

Mais aussi, en binôme avec le rédac chef, qui fut le fondateur du légendaire fanzine "The Truth", on a rencontré Vince Staples, l'immense - bien que tout jeune - rappeur de L.A, et on est revenu en détail avec Vincent Piolet sur son indispensable "Regarde ta jeunesse dans les yeux" qui raconte l'histoire du rap en France avant son explosion commerciale en 1990.

Le sommaire est copieux, et repose pour l'essentiel sur la parole des acteurs de ce mouvement, des plus obscurs aux plus prestigieux. C'est l'affaire d'une bande de passionnés, personne ne prend une tune dans cette histoire, et on le réalise en toute indépendance. C'est disponible chez les bons marchands de journaux et la plupart des Relay. On peut aussi le commander ou s'abonner sur le site Internet, qui ne devrait pas tarder à faire peau neuve pour vous offrir plein de suppléments.

Support ! 












lundi 4 avril 2016

Staples est dans le prochain IHH


On a eu le plaisir d'interviewer Vincent lors de son passage à Paname l'année dernière pour défendre son album "Summertime 06", qui est déjà un classique.
La retranscription de l'entretien, en collab avec le black boss d'IHH sera dispo dans le prochain numéro. Et c'est très bien !

Pour se rafraîchir, un clip sublime de Monsieur Agrafe et la chronique qu'on avait fait de son album pour IHH. Ce zine est fabriqué en totale indé et sans tune par une clique de passionnés. Support !






Vince Staples – Summertime 06 

Tout jeune, le rappeur de Long Beach, Californie, a déjà eu une longue vie, dans la rue et dans la musique. Fils de voyou, lui-même très tôt engagé dans les gangs, il a réussi à y survivre grâce à la ténacité de sa daronne et à sa passion pour le son. Un temps proche de la clique Odd Future, il a depuis accouché en solo de maxis remarquables, dont le redoutable « Hell Can Wait » sorti l’année dernière, plongée sidérante dans un ghetto au bord de l’explosion. Signé en major sur le label Def Jam qui se refait une beauté ces derniers temps, il livre un album en deux parties (plutôt que le double album annoncé), ramassé, compact, sans trop de concessions apparentes à la machine industrielle qui l’emploie, même si sa musique se fait un poil plus abordable et séduisante que sur ses projets précédents. On est pourtant loin des tubes de gangsters ensoleillés coutumiers de sa région : la côte Ouest de Staples est étouffante, l’espoir n’y traîne plus beaucoup, et le quartier n’est qu’un champ de mine, une prison à ciel ouvert dont on ne peut s’évader qu’à grand peine.

Voilà pour le décor. L’histoire, quant à elle, c’est celle de ce fameux été 2006 qui donne son titre à l’album, au cours duquel Staples a perdu son meilleur ami sous des balles rivales. Une journée sur la plage. Des vagues, des mouettes, un coup de feu. Un pivot dans sa vie. Cette scène sert d’intro à chaque partie de l’album. Après ça, rien ne sera plus comme avant. Le début d’une prise de conscience, celle qu’il tâche de nous transmettre dans cet album remarquablement construit, qui vous chope à la gorge pour ne plus vous lâcher. Aucune posture moraliste pourtant, on est bien plus proche d’un Ice Cube, auquel il est souvent comparé, que d’un Lamar donneur de leçons. Staples se replonge dans cette époque charnière qui a forgé le jeune homme à la voix lasse qu’il est devenu, comme épuisé d’avoir déjà trop vécu. Tout au long des morceaux, il épouse la façon de penser qui était la sienne à l’époque et celle de ses frères de rue. Sans jugement, sans détachement hautain, sans concepts prétentieux. Une écriture fouillée, imagée, réfléchie, mais jamais chiante. Celle d’un môme qui se débat pour échapper à la fatalité sociale qui frappe ses rues. On le suit dans sa quête d’argent, sésame ultime pour échapper au quartier et obtenir la reconnaissance, on le voit compter les morts, chercher l’amour, se prendre des murs, se perdre, prisonnier du labyrinthe. On espère avec lui qu’il parvienne à s’envoler.

La musique, quant à elle, est brillante. No I.D supervise l’ensemble, et produit l’essentiel du disque. Beatmaker à l’ancienne, son incessant renouvellement force l’admiration. Enfin un old timer qui ne sombre pas dans la nostalgie, et qui amène au contraire le rap dans des contrées inexplorées. Il suit ici la veine qu’il avait entamé sur le dernier album de Common, où il parvenait à rendre le rappeur à nouveau passionnant. Des nappes inquiétantes, des infrabasses surpuissantes, des rythmiques furieuses aux sonorités inédites, proches parfois de certaines percus afro-cubaines. Le tout souvent oppressant, avec parfois quelques courants d’airs bienvenus, des refrains chantés mais de bon goût ; quelques feats, féminins essentiellement, comme pour reposer l’auditeur du flow grave, nasillard et fatigué de Staples. Une cohérence impressionnante surtout, chaque son s’enchaînant idéalement au précédent, amenant une couleur différente, mais restant parfaitement dans le ton. Un disque qui frise l’expérimental souvent, se permet des audaces, surprend, mais ne perd jamais l’auditeur, contrairement au fatigant « Yeezus » auquel No ID avait activement participé. C’est au final autant le sien que celui du jeune rappeur, tant l’adéquation est parfaite entre les deux, tant ils semblent avoir conçu ce voyage en enfer ensemble. Un voyage qui se clôt avec une grande intelligence par un morceau inachevé, violemment coupé par un bruit de télé qui tombe en panne, ou de radio qui ne capte plus, comme pour rappeler que tout ceci n’est après tout, pour nous, qu’un spectacle. C’est aussi ce que nous dit le travelling arrière qui clôt le superbe clip de Señorita, nous révélant une famille de classe moyenne blanche mater sur écran géant la scène de guerre à laquelle nous venons d’assister. Ou quand la vie apocalyptique des jeunes Noirs du ghetto n’est qu’un divertissement pour ceux qui en sont protégés (et responsables?).

Réflexion sur la violence, la misère, le destin, le spectacle, le tout dans un sublime écrin. C’est un grand disque. Peut-être même un disque important, qui colle à la rue sans s’y complaire. Vivement les prochaines aventures de celui qui répète en litanie « I’m a legend ». Pour s’en convaincre ? Pour nous en convaincre ? Ou à la manière du héros du bouquin de Matheson (« Je suis une légende »), comme le soupir du dernier humain encore vivant pour nous raconter sa vie et celle des siens, avant de disparaître lui aussi et n’être plus que la légende qu’il nous conte ?

Une mention spéciale à la fragile balade Summertime, dans laquelle Staples chantonne sans autotune ses doutes et ses regrets, son impossibilité à aimer, sur une sombre instru Lofi, sans que ça sonne ridicule, bien au contraire : c’est le sommet bouleversant du disque, et une grande chanson d’amour.